Virée nocturne

Publié le par Anissa

En quête d'une âme

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Lille, vue de la grande roue


Une soirée d'hiver, comme je me promenais à travers les villes, seule à l'habitude, je rencontrai mon âme. Nonchalante, telle une passante, une vagabonde, une errante, une fuyante, telle moi, elle se promenait elle aussi, dans les rues ce soir-là. Elle était belle, mon âme, dans sa torpeur, belle mais effrayante. Je n'eûs pourtant pas peur en la surprenant ainsi, flânant la nuit. Etrange, à son passage, un frisson me parcourut- non pas l'échine, mais le crâne, à partir de la nuque. Bizarre, elle me regarda lorsque nous nous croisâmes, mais ne me vît pas.
Superbe, mon âme semblait flotter sur l'asphalte, prête à s'envoler, si légère. Le vent raflait tout cette soirée, moi y-compris, mais pas mon âme, solide. Passée, je ne me retournais pas sur elle, je continuais le long des rues étroites, bitumées, et à chaque croisement, elle était présente. De même chaque fois, elle avançait, flânant, toujours plus belle: toujours plus effrayante.

Sans vie, j'avais décidé de sortir, sans but, pour seul but d'avancer, ce qui n'est pas un but, je me laissais aller, comme une âme même le fairait, libérée de son corps. J'errais, corps avec âme, dont l'âme rencontrait corps, avançant tous-deux, identiques, dans la pénombre et l'air frais. Des heures plus tard, à Villeneuve d'Ask, dans un terrain vague, si beau, je me retrouvai seule. Appeurée, je tournai, tournai, comme un chien voulant attraper sa queue, voulant retrouver mon âme, pour- maintenant fatiguée de cette longue marche sans but aucun- l'attraper. Résignée, j'étais triste, sortie de ma torpeur, je couru partout, sur le long de l'aire, comme un chien cherchant sa balle rebondissante, dans un tas d'autres balles rebondissantes. Je cherchais mon âme, ici, là, ici et là, dans le terrain vague, assez vaste pour m'entretenir avec elle, mon âme, assez vague pour me préciser ma vie, m'expliquer ce qu'elle est, me détailler la façon dont je dois la vivre.

Effarée, dans l'obscurité, je courrait mon âme, sur ce grand terrain vague, empli d'esprits et d'âmes. Les mauvais démons, la nuit, se retrouvent aux endroits isolés, noirs, vagues, vastes et effrayants. 
Des âmes j'en vît mille, affreuses, terribles et viles, toutes désirant accaparer mon corps, se fichant de mon âme - à moi, comme dans la vie. Je luttai, j'avais déjà une âme! Elles me narguaient: n'en cherchais-je pas si obstinément une autre, d'âme, dans la vie, damne! Toutes s'offraient à moi, fidèles, horribles. 

Frappée, je quittai le terrain vague, c'était la mort.
Je regagnai les rues, où je ne croisais plus mon âme. Desemparée, je voulais retourner à ma si facile fatalité, celle qui ôte tout espoir, pour plus de sûreté. Une heure, sans vie de nouveau, j'arrivai à un croisement, deux voies, et un paneau d'indication, qui n'indiquait pas à mon corps la direction, qui le ménerait à une décision. 

J'hésitais ainsi, une heure durant, jusqu'à ce qu'un oiseau noir que mon âme possédait, du ciel sombre, me décida à le suivre.*** Je pris la voie gauche, mon clône, celle aux cailloux aiguisés, à l'herbe séchée, aux hurlements lointains, abandonnant la gauche, belle aux fleurs colorées, châtoyantes, aimantes, rêveuses, à la beauté mysterieuse , telle moi. Je suivis l'oiseau, je marchais vite, le paysage me troublait, mais l'oiseau me chantait les détournements de l'apparence, la bêtise de s'y fier, les vertus de la sagesse, dans la vie. J'avançais, rapidement, pleine de vie, avide de mon âme, pour vivre. *** Une heure après, épuisée, je tombais.

C'était un trou, un gouffre, béant, un néant. 
Je tombais, je sombrais, je mourrais. Mon âme était celle des fleurs, elle ne se serait pas promenée entre les rues goudronnées, désertes, la nuit, comme elle ne s'était pas trouvée dans le terrain vague destructeur. Comme elle ne sera jamais au bout de ce chemin, du chemin que, y donnant corps et âme, j'avais choisi.

L'autre, fantôme des rues, volatile hypocrite,
c'était moi.



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A un croisement
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Publié dans Janvier 2008

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