Mes insomnies 2
Evasion nocturne
Le CROISE-LAROCHE à Marcq-en-baroeil le soir, en solitaire
Une nuit, triste, je m'en allai, loin
La raison m'emparra, et me dit à quoi bon?
La passion m'accapara, je parti d'un bon,
Bien fort loin du puits de mes tintouins
La nuit, belle, m'emmena, faste
Fantoche, je la suivi, lambinant, mais farouche
Fascinée, je me souri, audacieuse et louche
Confiante en cette amie-nuit, vaste
M'évadant, bohème, au lointain
Desertant, traître, sur le chemin
Respirant, assez loin de mes tourments
Découvrant la nuit, dénudée. Oh! Dévorant
la vie, vivant, enfin.
Nuit de mon amour, immensité!
Entre les fétus, ma liberté!
Emmenée aux champs de la vie, par la nuit
Cessa en moi l'écoulement des eaux du puits
Sages lacs, somptueuses étendues d'eau calme et claire
Remplacèrent les larmes âpres et amères
Roucoulements langoureux des pigeons amoureux
Comblèrent le coeur encore malheureux
Je m'en allai, seule et sur les routes
Du rêve et de l'évasion, happer le plaisir,
L'enivrance et la vie, riant de la raison
Rebelle à minuit, nuit te saisir!
Un"Lampion" au Croisé-Laroche
M'en allant, la nuit, sur les routes,
Illuminée par la douce lueur des lampions
Enluminée par mes yeux et ma fluidité
Eclairée par les étoiles et la voie lactée
D'un coup, il n'y eût plus de temps,
Guidée par ma passion, je vivrai encore longtemps
Oui! Si lointains, les tracas d'antan
Encore là-bas, vieux, au bois de mes tourments!
Libre, j'abandonnai ma vie, allant vers la vie
Pour dessein, de conformer l'abstrait
Bravant ce destin, déjà tracé
Mener une vie d'artiste, vivre de ma fantaisie
Traître aux miens, je les laissai, si loin
Enlevée par l'oubli, je n'y songeai en rien
Prise par la nuit, je l'attrapai
Succombant au charme de mes idées
Lille, vue de haut, le soir
Sous la nuit, cette nuit loin des draps
Sous les feuilles d'un marronnier, pour la première fois
Je fis l'amour, serrée dans les bras
D'un doux et beau Rimbaud des champs qui m'aima, moi.
Rassenérés, sur l'herbe alors nous parlâmes
Il dévoila une science livresque qui me plûe
Ivres, nous nous livrâmes sans gêne, nus
La langue fougueuse, déblatérant sur l'être et l'âme
Allongée dans l'herbe, je prisais la nature
Observant mon divin, incrédule
Quel était donc ce monde sans rayure?
Ô ma nuit! Que je ne me senti plus bidule!
Et, tandis que là-haut l'aurore approchait
Ainsi me revinrent les pensées
Craignant le jour qui allait venir,
Heureuse et fatiguée je décidai de dormir
M'allongeant sur mon si bel amant
Je caressai le torse et embrassai les lèvres
Moi séduite, lui me séduisant
Je me sentais or, lui était orfèvre
Calmes l'un contre l'autre, les paupières closes
Nous fûmes éveillés par un peintre
Bohème comme nous, attendri et tout chose
Voulant éterniser notre étreinte
Rimbaud ( en petit) et moi dans les champs à Hem
*
Sous l'aube et l'arbre il peignit notre nudité
Contourra mon sourire, notre amour
Sur l'herbe en la nature il peignit notre beauté
Impregnit mon souvenir, pour toujours
*
Quand le peintre eût terminé son oeuvre
Je demeurai désoeuvrée devant le jour, pâle
Quand un chant d'oiseau se fît entendre
Je me sentie déchanter: devant le miroir, pâle
Oh! Nuit par ce même chemin tu t'en alla
Emportant mon bonheur, reprenant ma joie
Ah! Liberté, idylle je fût pâle
Seule, dans ma chambre avec sur le lit, la toile.
Ô, Nuit, amie, rêve vivant, ô toi!
Traître! Ne reviendras-tu donc pas?