L'écriture
L'art des lettres
L'entreprise de l'écriture est sineuse, compliquée et presque semée d'embûches, lorsque l'on désire s'y aventurer assez loin. Les remparts sont à l'origine, évidemment, d'un ordre interrogatif.
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Car écrire, oui, mais que dire avec les mots? S'attarder sur quel registre? Comment écrire pour que les phrases servent? Bravant le culte de Téophile Gautier " tout ce qui est utile est laid" ( je suis mes cours de français), je certifie moi qu'il serait non que beau, mais aussi sublime et magnifique que mes écrits aient une quelconque utilité. Qu'ils soient utilisés signifierait qu'ils soient lus, et donc, reconnus. Ou encore, quelle chose amère que de savoir nos efforts les plus effrontés parfois vains, et donc inutiles. Dans ce cas, c'est cette fin qui est laide, et imaginez seulement la beauté dans laquelle se trouvera votre mental lorsque votre travail sera récompensé et, par conséquent, aura été plus qu'utile! Je ne discute pas la théorie si Gautier s'attarde à l'utilité matérielle, là-dessus je n'ai pas envie de me faire un avis.
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Mais, une fois encore je m'égare, en m'engroufrant n'importe où. Le thème est en effet l'Ecriture; et tandis que je lisais clandestinement Rimbaud, Voltaire, Hugo et Baudelaire, ma plume perdit très promptement le peu d'assurance qu'elle arborait. Je me dis tout à coup, que tous nos moindres essais romantiques (journals intimes compris), par exemple, n'étaient rien en comparaisons à leurs oeuvres exaltives du "moi", que même ce que l'on vit de plus extra, eux l'on vécu cent fois et décrit bien avant nous, et que nos moindres ébauches de dépravation bohémienne (dont nous sommes si fiers) ont formé pour eux un mode de vie constant.
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Que je me suis sentie petite alors! Avec mes si petits "moi", mes si infimes perplexités aux si microscopiques sillées (bon ça c'est tant mieux quoique déjà beaucoup) et mes minuscules réflexions! Mais pas ridicule, malgrè ma petitesse. Car la tentative, même vaine ou inutile ;) est toujours à approuver. Et, personnellement, je ne trouve pas fataliste d'avoir la certitude pour moi-même d'une renommée incaparable: je ne fais qu'essayer. Si je réussie, je me saluerai dignement et avec éternelle reconaissance, mais je ne puis nier à quel point je ne suis pas exceptionnelle. Pas assez, en tous cas( je n'avais pas ici l'intention de me dévaloriser) pour avoir mon nom inscrit sur une couverture. De plus, à 16 ans, je n'ai aucune valise romanesque, si peu de vécu et j'use souvent d'un individualisme frappant... ( non?).
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Et puis, que sais-je de ce qu'il faut pour percer? Un style, pour sûr. Cette idée me trotte désormais en tête: quel style? Je ne reconnais pas le mien, en ai-je un? Des idées! Les seules qui me parviennent, dans leur abondance éparse, sont déjà apparues ordonnées et triées chez mes plumés favoris. Une belle écriture? Qui permettrait de faire accepter les choses déjà dites? Ai-je seulement appris à écrire autrement que par l'alphabet? Ce sont pourtant, à trois, les principaux dons ou savoirs de l'écrivain ( d'après moi ). Tout doit se démarquer, mes sentiments ne pas ressembler à ceux des précédents -et concurrents mêmes- adeptes de la lyre ou du rêve, même s'ils ont acquis la quasi-perfection.
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Voilà ce qu'il faut accomplir: encore plus différent que la différence, et ne pas compter pour cela sur sa propre unité, car bien qu'unique: OH QUE JE SUIS TOI, LECTEUR! ( lisez Hugo ).
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Les règles partent de la personnalité, c'est elle qui fait le genre et la beauté, et aussi l'idée. Il faut être plus unique qu'unique, en étant à la fois l'humanité entière. Je voudrais être triplées à moi seule, en plus de vous et de moi, je voudrais posséder la nature.
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"Aie de la vie, tu donneras l'envie..."
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Voilà que je me mets à inventer proverbes. Proverbes inutiles car personne n'en tiendra compte, et pas même moi ( ne devrais-je pas? ). Ici, j'avoue que cela est si pathétique que laid.
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Pour en finir, car il faut en finir, en plus de la désillusion, Romantiques, Parnassiens, symbolistes, classiques et même modernes apportent tout autant la difficulté chez l'au moins 3 millions d'Hommes sur 6 se sentant "une vocation d'écrivain" à forte odeur. Car celui qui tente d'écrire passe son temps à lire. Pour se faire plaisir, pour partager des émotions ( chose sensationelle )... pour s'instruire. Et pour ce dernier, "JE" sais-t comme après lecture assidûe les yeux pétillent d'émerveillement, le cerveau leur renvoie sans cesse les mots aux milles images si... bien taillées. Et puis l'on rêve, quel que soit le thème, le genre, on imagine d'abord, puis on s'imagine. De mille façons. A quel point il devient difficile de ne pas imitter ou - tout au moins- s'inspirer de l'idole! On aime le style, on admire la spiritualité, on adule la vie vécue, on y adhère entièrement et l'on désire s'y vouer corps et âme.
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Puis, soit il est ordre d'action: certains essayent de reproduire pour séduire, mais ainsi la conception du matériel necessaire à l'écrivain est autre que la mienne...
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Soit il est ordre de passion: s'inspirer des maîtres n'est pas volontaire mais instinctif. L'art des lettres est de la sorte tel que je l'entend, avec cela il faut faire attention. Se cultiver est chose fabuleuse ( abstraction faite de celui qui utilise mal son savoir ), y passer du temps peut provoquer des effets secondaires, trop de culture est susceptible d'anéantissement.
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Quant à moi, elle me procure la confirmation de mes convictions: "Moi miniature, percer dans le domaine? Et plus que tout m'accable d'un effroyable complexe d'infériorité.
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N'auriez-vous pas compris que tout le texte est truffé d'exagérations et même d'un peu d'inventions? Il est évident que faucher mon esprit ne me fauchera pas le crâne ( euh j'espère bien ), et que m'instruire n'est pas si désaventageux que je le laisse entendre là. Et le texte n'est pas non plus d'un registre polémique, je précise car je ne veux pas m'adonner à un quelconque débat ( genre vous alliez me donner votre avis ). Mince, j'ai l'air méchante et autoritaire... pardonnez-moi.