RENE BARJAVEL ( partie 2 )

Publié le par Anissa

Un homme au parc Barbieux


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---------------------------------------Le lac, les arbres, les canards et le bar


La nuit est belle, malgrè le vent froid. Le chant du Hibou est rassurant et, certainement, dans les grandes maisons environnantes, un père dit-il à son enfant de s'endormir à son rythme. Paisiblement. Sans doute l'embrasse t-il avec tendresse, ferme-t-il la porte derrière lui, et s'en va retrouver la chaude étreinte de la femme qu'il aime dans le salon chauffé au feu de cheminée authentique.


undefined------------------------------------------Une grande maison environnante

Barjavel ne prête pas attention au chant du hibou. Chaque nuit, son parcours est le même, ses gestes sont- eux aussi, les mêmes. De la poche trouée d'un blouson couleur écorce, démodé, il trouve son paquet de Gauloises Blondes. Il marche tranquillement, l'enivrante haleur de la fumée le réchauffant- à l'intérieur. Il regarde les feuilles, le lac n'est pas partout, et l'asphalte est bien trop laid. 


undefined------------------------------------------------------Les "feuilles"

Quelques voitures rapides passent encore, l'heure est tardive pourtant, comme si les conducteurs s'étaient subitement souvenu d'une chose importante à faire, oubliée le jour. Par mégarde, ou par sucharge. La vie des bureaux, Paul Barjavel a connu autrefois, stress, l'attaché-case qui donne l'impression d'importance, de valoir quelque chose, la routine journalière, la cravate étouffante et le café noir avalé "à-la-va-vite". Mais ce n'était pas fait pour lui. En marchant, il ne repense plus à sa vie, il s'est déjà suffisamment consacré aux tortillements de ses pensées par le passé. Quand l'aire de jeux apparaît, Barjavel éteint machinalement- et soigneusement- sa cigarette sur le bitume bossué.


    -----------------------------------------------------L'aire de jeux

De sa poche, il sort le paquet au carton chiffoné et y range la moitié de cigarette désormais flétrie. Comme toutes les nuits, au parc Barbieux, il s'arrête devant chaque jeu au bois coloré. Une métaphysique d'un ordre inconnu l'y attire comme fer et aimant. Cette virée lyrique d'une nuit sans lune ne fait pas que rennaître en lui des souvenirs tranchants. Au-delà de ses fantômes- enterrés à jamais, il perçoit en cet endroit une aura presque fantasmagorique.

   
Souvenirs tranchants


A son arrivée, le vent se déchaîne et quelques feuilles encore attachées aux branches noueuses prennent leur envol; c'est un spectacle troublant. Le crissement des ailes d'une pie- ou d'un corbeau se fait entendre dans les branches; c'est un bruit angoissant. Mais Barjavel, devenu indifférent aux bruits de la nuit- par habitude, s'arrête soudain devant le manège qui le fascine le plus.

undefined---------------------Le manège qui le fascine le plus


L'atmosphère ne peut désormais être plus densément noire, le silence est omniprésent. Barjavel cesse de fixer les balançoires, plus mélancolique cette nuit-là, que les autres, il saisit d'un geste lent mais ferme, la chaîne d'une d'entre-elles. Le bruissement des brins d'herbe survivants est perceptible, la lumière aux fenêtres des chambres brillant jusqu'alors sur la façade des imposantes maisons, remplaçant les étoiles sur fond sombre, n'éclairent plus la nuit. Le seul réverbère de l'aire semble être en panne. 

undefined-----------------------------L'atmosphère ne peut être plus densément noire

Barjavel,  ce soir encore, s'assoie avec ferveur sur le socle froid de la même balançoire. Ses doigts gelés, violacés, engourdis par le gel et le métal glacé, tiennent les chaînes avec délicatesse. Il décide alors de finir sa Blonde entamée, fouille dans la poche gauche cette fois, à la recherche du briquet gris ramassé un jour sur le macadam. Il aspire de longues bouffées, et jette le mégot de reste de cigarette vite consumé. Le Bar Barbieux a fermé les portes depuis des heures, rejetant d'abord quelques vieilles embourgeoisées vivant aux alentours, certaines venant tout droit de Croix-beaumont, à la frontière de Roubaix, puis les vieux ivrognes restants. Aucune source de lumière n'existe dans tout le parc maintenant. Aucune, sauf si l'on s'attarde un instant sur les yeux de l'homme, ordinairement fades, éteints: il y brille en ce moment une lueur si éclatante qu'elle en paraît presque irréelle. 

undefinedRené Barjavel ( photo qui sera changée )

Tandis que ses jambes battent l'air à tout rompre, à la cadence de la balançoire, et que ses cheveux trop longs s'envolent au vent, un visage se découvre, une lueur emerveillée brillant dans les yeux, mais aux traits tellement mélancoliques...

undefined-------------------------------------Les balançoires

Les feuilles, dans une danse effrennée, volent et virevoltent bruyamment autour de lui, l'accompagnant dans son envol enivrant. Son envol imaginaire. Son rêve. L'envol de René Barjavel.



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Publié dans Décembre 2007

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M
J'aime la photo de la balançoire et celle avec la ain de ta ptite soeur
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