ETERNEL REVIENT
Jeudi 18 Octobre
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* "Besoin d'écrire au moment où j'emmerde Barrès et où mon admiration pour Sartre m'emmerde"
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Cet après-midi, sur le chemin de la maison, je me suis perdue. Encore. Pourtant le soleil, éclaireur, était de la partie; sadique emblême du "tout va bien". Sur le chemin, sortant du lycée, une loque débraillée avançait. Sans aucun but, même pas celui de trouver le lieu de vie, le connaissant assez bien finalement pour ne plus penser au chemin... Mais pas assez pour ne pas me perdre. Il suffisait d'avancer, tout droit, légume ambulant, larve sans entrailles, carcasse sans fond. Vide. Femme fatale, devenue qui plus est femme fantôme. Traîner les pieds, pour marcher plus lentement encore, regarder fixe pour mieux s'indifférer aux regards voraces sur le vaste décolleté négligé et le visage aux joues roses, vacillant sans avoir bu une goutte d'absinthe. Ne marchant pas droit, le cerveau embrumé par une simple et unique Gauloise flétrie. Et, malgrè le retrait de sensations, l'horrible sentiment de lassitude revenu, accompagné d'un dégoût de soi-même et d'une misanthropie accrue. Un silence pesant.
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Il faut écrire lorsque les ressentiments sont encore retentissents, sinon on perd de belles phrases. Des phrases assassines. Il faut vomir les maux par des mots et se livrer comme dans les livres. Tout ça avec une modestie sans faille, et de l'amertume marchant sur le bitume, pour rentrer chez soi.
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Ayant pourtant juré de ne plus m'enfoncer dans les immenses et étroites tranchées du labyrinthe psychique, cet après-midi, sur le chemin de la maison, je m'y suis perdue. Sans savoir, cette fois, quelle tête de turc trouver afin de rejeter sur elle toute faute de ma perdition. Mais en fait, tout était évident. Il y a une raison à toute chose, et l'on n'est raisonnable qu'en l'acceptant, quitte à en perdre la raison... Peut-être était-ce dû à la tournure que prend ma vie? Après toutes ces années, ces années gamines où l'on se borne à croire que d'ici 16 piges, il nous arrivera quelque chose de merveilleux, n'importe quoi. Juste un rêve réel qui forgera incontournablement la personne que l'on devra être le restant de l'existence. Eh bien non. Il ne se passe rien, et comble: on ne change pas. Alors peut-être que ce "retour au rejetteur" de l'amertume était attribuable à cette prise de conscience. Au poids de la réalité...
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Ou, éventuellement, serait dû à mon invisibilité prouvée par le professeur d'Histoire, qui chaque matin répète inlassablement " Anissa est encore absente? ". Prouvée aussi par l'amoureux incaparable qui s'abstient désormais d'offrir ses sourires aux fantômes... Ou encore, de la faute aux regards abasourdis, déçus ou attirés que provoquent la clope au bec. Euh... à MON bec: les autres fument sans se faire mépriser ou désirer, non? Et puis il y eût le "bonjour" de pitié au sang traitre, y perdant toute valeur et fierté après l'ignorance débutée pour une volonté frappante d'un simple "bonjour" de ma part. Et, autre possibilité, rabat-joie que fût ma personne cet après-midi, le doit-elle peut-être au chamboulement familial auquel elle doit faire face? Ce n'est pourtant rien d'alarmant.Ou encore à mes notes parachutistes, à mes heures de couchers tardives, à son incapacité gênante ce jour à rire d'un rien pas marrant ou à [...], etc, etc.
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Vide... j'avais dit "vide", c'est trop rempli, et c'est faux.
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Il n'y a rien, rien d'autre qu'une mélancolie inexplicable, qui joue irréversiblement au boomerang. Mais, sur le chemin de la maison, on ne peut s'engoufrer aussi profondément, on se fait seulement des phrases. Il est si facile de se dévaloriser pour créer une forme à ses lugubres sentiments. Le paradoxe tout aussi véridicte dira lui qu'il est si facile d'accuser l'entourage-même d'être la cause de ses ressentiments. Le véritable objectif de nos vies est de mettre un terme définitif au système du boomerang. Chacun essayera de propulser les déplaisirs aussi loin que possible, sans les laisser revenir. Mais pour réussir, il n'y a qu'une façon, en sachant que le lancement de l'engin est inévitable: il s'enclenche dès notre première aurore.
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La seule et unique manière d'arrêter le processus, et donc de ne plus recevoir le boomerang en pleine face après les innombrables efforts accomplis pour le rejeter à des lieues, est que quelqu'un l'attrape, au passage. Il ne prendra pas les maux à son compte, il les déposera sur le sol terreux quitté à jamais, et s'en ira avec vous. ( nostalgie des montagnes )
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Bientôt arrivée à la maison, je n'étais ni femme fatale, malgrè les regards indiscrets, ni femme fantôme, malgrè l'ignorance de mes élus. Je n'étais plus femme, et je ne l'ai jamais été. A quelques mètres de la rue au nom de ce célèbre sculpteur de tombes royales, j'étais enfant.
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Enfant revenant de l'école, perdue sur le chemin de la maison, j'avais à quelques degrès failli sombrer dans la suicidaire contemplation de mes "converses traînantes" ( voir bifurquation sentimentale ). En oubliant que le monde est large et beau à découvrir, en oubliant mes résolutions et Barrès et sa vision de l'auto-destruction.
Les converses aimants-diaboliques n'ont pourtant saisi que mon âme. Mon corps quant à lui, épaules hautes, menton levé et regard fixe, marchait dignement.
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Mais cet après-midi, sur le chemin de la maison, il n'a guère avancé.
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-------------------------------------"Le chemin de la maison"
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