Mardi 17 mai 2011 2 17 /05 /Mai /2011 23:09

     

Quand John abandonne

     

              

         
Qu’est-ce que t’as, John, qu’est-ce qui t’arrive ce soir, dis-moi ?  

John ?

John ? allez, dis-moi quoi, John, me laisse pas comme ça…

John, s’il te plaît, réponds moi, je sais bien qu’y a quelque chose, John…

 

Tu sais, tu sais frère, j’avais rien dmandé, moi. Rien. Que je sois pas à la hauteur, ici, je conçois, oui, je sais, c’est comme ça. Mais qu’on m’oblige à supporter ma déchéance, tu vois, je peux pas. J’en peux plus.

J’en peux plus.

On est tous sur le même bateau John, relativise un peu, tu vas te tuer à force de trop te tourmenter le cerveau.

Je suis pas fait pour vivre avec les humains.

Arrête…

Il y a dû y avoir une erreur

Une grosse erreur, merde à la fin ! j'te jure, vieux, j'crois que j'devrais pas être là, j’en suis sûr, maintenant, j’en suis sûr, sûr et certain, je suis pas un humain, tu vois, ils avaient raison, je suis pas comme eux, ça marchera jamais, jamais, jamais, je réussirai jamais rien ici, rien, d’ailleurs, nulle part ailleurs, il y a quoi d’autre qu’ici ? Evidemment, j’irai pas au Paradis, évidemment, j’irai pas voir Dieu, je suis trop dégueulasse, maintenant. J’avais toutes mes chances, avant, toutes. J’ai tout déglingué. C’est comme ça. Maintenant, il n’y a plus rien à faire. Même mon âme m’est devenue inutile. Mon existence, j’en parle même pas. C’était bien une erreur, alors…

Quelle erreur John ? Quelle erreur  nom d’un chien?

Tu sais bien

Quoi ??

Je sais pas , tout, tout est une erreur autour de moi, l’essence, mon existence, peut-être que j’aurais été meilleur resté dans le chou fleur..

Je hais les Hommes, tu comprends, j’ . . j’en sais rien. .bref, j’ai plus d’espoir

J’ai plus d’espoir

Y’a plus d’espoir

Y’a plus d’espoir pour moi, vieux

C’est fini

Et même si ça l’est pas vraiment,

J’abandonne.

Tu veux pas mourir quand même , John ? dis pas des conneries, tu veux..

Non, non, je veux pas mourir, pas ça non, ce serait bien pire.  J’ai plutôt peur de Dieu tu vois, de ce qu’il me réserve,  je veux pas de la mort, et toute cette souffrance.. non ce qu’il aurait fallu, c’est que ce jour-là, quelqu’un d’autre arrive à ma place. Pas moi. Mais c’est trop tard, c’est trop tard, ce qui est fait est fait et, on n’y peut plus rien changer. Seulement, je dois supporter ça, c’est tout. Supporter ça. C’est tout.

Tu peux pas comprendre, vieux. Personne.

Tu l’as dit John, j’y comprends rien, parole ! mais une chose est sûre, tu te trompes, John, tu sais bien qui tu es, tu sais ce que tu vaux, t’es quelqu’un comme on en rencontre pas deux fois ! tu le sais bien !

Arrête avec ces conneries, je t’en prie, arrête, on m’a rabaché ça toute ma putain de vie, vieux, tu comprends, ces putains de conneries ! et c’est sûrement ça le problème, de toute façon, c’est ça, je suis pas comme les autres. J’ai ce truc en plus, qui est rien d’autre qu’un foutu handicap !
Tu parles de quoi exactement, vieux, hein, dis moi, tu parles de quoi quand tu dis ça ? de mon incapacité à entretenir une relation avec un être humain qui a la faculté de la parole, ma bizarrerie innée, ou peut-être de mon sale caractère d’obstiné ? Les gens m’admirent mais me font mille reproches, c’est toujours pareil, je les hais, ils me détestent de trop d’amour, alors je n’ai plus qu’à tout laisser tomber. Tout.

Je sais bien que t’es un type difficile, John, mais te méprises pas autant
Sans doute que t’as pas encore rencontré les bonnes personnes, c’est tout

Je me méprise pas. J'm'aime bien, toujours assez pour continuer à me lever le matin, des fois, je comprends pas moi-même pourquoi, c'est vrai, j'pourrais ne plus pouvoir me saquer quoi, à force de trop de déception.

Mais non, c’est pas possible, y’a toujours ce quelque chose de si séduisant en moi, de si spécial comme tu dis, qui m’empêche de trop me salir la gueule.

Tout juste, John, et jpeux te dire que ça marche aussi pour les autres

Hé ! je m’en fous !
Mais tu sais ce que c'est que cette chose ? Tu sais un peu ?

C’est pas simple à déterminer concrètement..

Oé. Bin je vais te dire

. ..

C’est ma souffrance, vieux, c’est mon trouble de toujours, indécollable, mon trouble et mon tourment ! ce foutu mal d’artiste, incompréhensible, totalement destructeur, accroché là sur mon cou, comme un bébé démon qui me rongerait les os tout le temps, voilà ce que c’est, et ce qui est touchant peut-être chez cette personne étrange qui est moi, qui est attirant, qu’on admire puis qui nous fait peur, pour finalement le rejeter. C’est mon mal, frère, c’est ma douleur.

Ma solitude

Et ma folie

Je sais pas quoi te dire, John.. quand tu parles tout semble être si vrai, c’est comme ça, même quand tu as tort. Et tu peux bien dire tout ce que tu veux, je sais ça, que tu as tort

Ils finissent par me trouver mauvais, frère

C’est parce qu’ils sont trop faibles pour continuer ça, chercher à te comprendre, c'est vrai que c'est pas simple. . même si t'es foutuement intéressant, comme mec, en vrai, John !

Ils disent tous qu’ils m’aiment, pourquoi ? Très vite. Très très vite, intensément. Ce n’est pas vrai. Ils mentent

Tout le monde t’aime John, mais tu sais.. faut dire, t’es pas un type facile à vivre, aussi.. Evidemment, moi je te connais mieux que toi-même et, je sais que tu fais pas exprès, t’as toujours voulu bien faire, t’es un perfectionniste, dans l’fond, mais pour les choses importantes, tout ce qui a un sens, comme tu dis, alors forcément, tu te laisses un peu aller pour les bêtises du quotidien et tu en demandes beaucoup trop pour tout le reste. . beaucoup trop, tant qu'avec ces idées là, jamais tu réussiras à trouver satifaction ici-bas, mon ami, John, faut que tu changes un peu.. . c'est pour toi

Tout un tas de conneries sont vaines et sans intérêt toi tu sais, mais c’est pourtant exactement ça qui a le plus d’importance à leurs yeux, John, à leurs yeux à tous. Et t’as jamais voulu accepter ça, jamais, il est là ton problème, je connais ce qui a de la valeur à tes yeux, et c’est  la vérité, ce sont bien ces choses là qui ont de la valeur, dans cette chienne de vie, mais ce n’est pas ce qu’ils ont principalement en tête, les gens normaux, tu vois c’que j’veux dire, ils pensent à autre chose, des choses bien plus simples, bien plus concrètes, alors ils ne comprennent jamais pourquoi toi tu ne fais pas d’effort sur ces choses là, qui sont tellement pour eux, mais tellement rien à tes yeux

J’te donne un exemple, John : les gens aiment qu’on leur fasse des cadeaux, pour toi c’est ridicule, mais pour eux, ça représente beaucoup, ça veut dire tout un tas de choses, c’est comme une façon de matérialiser ses sentiments, mais toi, toi, mon bon vieux John, toi t'as en tête et en toi, dans la chair et dans le sang, que ce n’est pas ça du tout qui prouve la valeur d’un homme, la valeur d’un cœur, la valeur de l’âme. Alors tu es prêt à donner ta vie et même tes organes un à un pour ceux qui ont une place en toi, dans ta tête, dans ton cœur, ton cœur si grand, John, même si tu leur fais oublier avec tes mauvaises manières. Tes manières de gros dur, John, tes manières d’homme des roches, d’homme d’avant, le regard mauvais et l’air froid, fier comme un arbre et si fort en apparence, et pourtant tellement fragile, John, oh, je te connais, moi, tu es fragile, mon vieil ami, tellement fragile, si sensible, si débordant de sincérité et d’amour…

C’est ce comportement qui les fait se mettre en boule, John, ils se croient agressés, ils se croient mal aimés, et ils ont peur, si peur, tu les rends un peu dingues avec tous tes principes et tes arguments, ta vision de la vie, des choses et de l’être, ta vision de l’amour, du temps et tes mots.. tes paroles, John, tes paroles à portée si douce deviennent comme des lames de couteaux, lorsqu’ils se rendent compte qu’ils ne parviennent pas à les comprendre vraiment, ni à en appliquer la moindre, qu’ils n’y parviendront jamais..

Aussi, tu dis rarement ce que tu ressens, ça les fait douter, à la longue

Je t’ai écouté, frère, je t’ai écouté, et il m’a semblé que l’on m’avait déjà tant de fois murmuré cela à l’oreille que je ne peux en être touché… C’est une analyse de ma personne, une analyse de ta part, maintenant que tu es encore là pour moi, mais un jour, toi aussi, tu ne seras plus qu’un souvenir, et le nouveau discours que tu tiendras alors aura comme un effet totalement annulatif, car ce que je verrai dans tes yeux,  sera le désir de vengeance mêlé à celui de me mettre à nu, à nu de mes idées et de ce que j’ai toujours tenu pour principes, et que tu connais très bien, me faire nu comme un ver, sans plus de couvertures, car maintenant, c'est trop tard, tu me connais trop bien...

Excuse moi pour ces dires mon ami, mais je crois avoir compris aujourd’hui que là est sûrement mon plus grand tort pour ce qui est de mon histoire avec l’humanité, d’avoir fait confiance à toutes ces ombres venues de nulle part, ces inconnus qui redeviennent somme toutes fantômes du passé, ces auto satisfaits, si hautains, si aimants d’eux meme, et toute mon impertinence ne pourra même en une éternité, dépasser leur prétention et impétuosité. Ces corps et bouches qui parlent ces bouches qui n’ont cessé de trop parler pour envoyer leurs mots au vent, ces paroles blessantes et ces rires saugrenus, ces paroles inattendues, inutiles, si loin d’être indispensables au bonheur, a des lieues de m’avoir, ne serait ce qu’une entière journée, rendu heureux. Ces langues trop souvent déliées qui, sans raison, se croyant pourtant des plus sages, ont maltraité les cœurs et fouetté les âmes.

Ce monde de serpents pythons.

Tous ceux là, comme avant leur venue, avant la venue du tout premier quand ma solitude était plus pure, tout cela, restera à jamais dans mon esprit, comme une œuvre sacrifiée ... Et si l’on ne me comprend pas, frère, qu’y puis-je ? Je ne saisis pas non plus ce qui vient d’ailleurs, c'est ainsi, ce qui est hors de moi et du monde tel que je le vois, m’est insaisissable.

Alors au lieu de me battre pour le vide, je préfère m’éloigner de l’humain, quitte à n’être qu’un étranger aux yeux de tous et pour toujours, un point microscopique que personne ne pourra plus remarquer. Un invisible, invisible passager.

Eh puis.. et puis, de toute manière, en y réfléchissant à deux fois, j'pense bien que j'suis mieux tout seul, va, vieux..

Je t'ai dit que j'vais pas te laisser tomber, John..

Qui ne l'a pas dit, frère

C'est toi qui cherches ça, alors

Tu sais bien que c'est tout le contraire

Je crois que ce que tu voudrais est impossible, John. Tu comprends.. tu peux pas toujours tout contrôler, tu dois accepter ça

Tu te mets à parler comme eux    J'ai mes rêves, c'est tout, tu vas pas me reprocher de vouloir les concrétiser. J'ai essayé ça que sur l'espèce
C'est bien peu. C'est un échec. J'abandonne, je t'ai dit. Rassure toi

Je disais ça pour toi, John

Evidemment. Je comprends. Merci de t'inquiéter, vieux, mais va, va, rentre chez toi, laisse-moi un peu, ce soir, je vais fumer mon dernier paquet de cigarettes et écrire mes dernières feuilles

Tu arrêtes, après, John, c'est ça?

C'est ça, vieux, c'est ça

J'arrête, après, j'arrête <
J'arrête toutes ces conneries

Mais je garde ma solitude. Amie!






Par Anissartiste - Publié dans : Mai 2011
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Présentation

  • : OpiuManuel
  • OpiuManuel
  • : Un crayon, un clavier, peu importe. Des lettres! de l'encre, des touches, on s'en fout. Des mots, une écriture ronde, time new roman, quelle différence? Des phrases, avec des mots, des mots, avec des lettres, voilà tout. Des phrases, pour des écrits, des écrits, pour une liberté. D'esprit. Une liberté, pour une vie. Et des images? Photographies... "Parce qu'une photo sait parler mieux que tous les mots"... Essayons de contredire le proverbe, avec les mots, parlons mieux. Composons.
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés